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Pays de Craie


L'affleurement crayeux sénonien du contrefort d'Artois, au fil des millénaires, a modelé les paysages de près des deux tiers du Pas-de-Calais.

Plateaux en "croupes molles" et vallées verdoyantes nous offrent de merveilleux terroirs où se nichent les nombreuses bourgades et villages du "Pays de Craie". Cette craie, aujourd'hui, reste l'un des facteurs identitaires majeurs de notre département.

Substrat géologique, elle a dessiné notre géographie, ciselé notre hydrographie et doté le Pas-de-Calais des réserves d'eau régionales, réserves qui procèdent de la fine alchimie du karst. Elle a permis le développement d'une biodiversité riche et variée, comme l'évolution séculaire d'une agriculture spécifique d'une culture rurale profonde.

Matériaux, elle a traduit cette culture en un patrimoine bâti qui contribue encore au processus identitaire de notre région : les produits minéraux du banc de craie s'inscrivent en filigrane de notre histoire et de ses aléas.

Ils ont favorisé, tout au long des siècles, l'éclosion de savoir et savoir-faire, de pratiques et de traditions.

Le "Pays de Craie", fort de ses clochers et de ses châteaux, de ses bourgs et cités construites en "blancs", de ses monuments et sites en moellons taillés, témoigne avec force du génie de l'Homme qui a apprivoisé la craie.

Creusée, elle alimente toujours l'inconscient collectif. "Marie-Groëtte" hante encore les puits et les souterrains mythiques, tels des boulevards de l'inconscient, serpentent sans fin dans les profondeurs de nos terroirs.

Du cataphyle au chercheur de trésor, du spéléologue au subterranéologue, de l'enfant au "conteur en campagnes", les cavités anthropiques nous interpellent fondamentalement.

Que leur interpellation soit pour nous psychanalytique ou chtonienne, culturelle ou technique, elle est néanmoins générée par un fantastique patrimoine : patrimoine à part entière, qui se décline en une typologie variée.

Le "Patrimoine Souterrain Anthropique", au coeur de la craie, dote le Pas-de-Calais d'une friche dimension cachée. Ces espaces souterrains, médiateurs entre sol et nappe phréatique, tout en contant notre histoire et nos histoires, sont de fait un fantastique observatoire de la craie et de ses nombreuses problématiques...

Dès le néolithique, l'homme va creuser cette craie : cette roche calcaire tendre s'y prête à merveille. Peut-être peut-on voir là dès l'origine un phénomène atavique ou, tout au moins, une pratique imitative : certains animaux sont passés maîtres dans l'art du creusement de terriers !

Il va la creuser pour atteindre l'eau des nappes phréatiques ; naîtra ainsi la famille des puits. Il apprendra à la stocker, (cuvelages et citernes) ; à la canaliser, (aqueducs et égouts)...

Il va creuser pour extraire les matériaux : pierre de taille, pierre à chaux, silex, argiles, sables et grès, marnes et craies phosphatées...

Il creusera encore pour stocker et préserver : caves mono et pluri-cellulaires ; organisées ou non en réseaux, voire en niveaux successifs. Souvent, les caves profondes et anciennes restent les seuls témoignages de la fondation primitive de la cité !

Il creuse pour s'abriter ou vivre : abris sous roche aménagés, souterrains-refuges ou villages souterrains dès le IXe siècle, abris de la Défense Passive ; habitat troglodyte dans d'autres régions... Il se protège ainsi contre les grands froids ou contre les invasions et agressions.

Il développera très rapidement l'art militaire des galeries souterraines : structures diverses de sites fortifiés ou bastionnés ; sapes et contre-sapes ; mine et contre-mine. 14-18 verra s'articuler, de part et d'autre du front, les tranchées profondes ou couvertes, les cantonnements et hôpitaux souterrains, les Q.G. et réserves de munitions.

39-45 sera témoin de l'apogée de l'art et de la pratique du "souterrain", avec d'une part les travaux de la sinistre opération Todt et d'autre part celle des Abris de la Défense Passive.

On peut encore citer les structures souterraines d'église ou d'abbaye, (cryptes, caveaux, caves, refuges de pèlerinage, accès aux souterrains-refuges), les cuves et fosses diverses, ainsi que les glacières...

On peut conclure en assurant que la réalisation du tunnel sous la Manche ainsi que celle du métro de Lille, fleurons technologiques et témoignages du génie humain, sont les héritières directes d'une pratique millénaire au sein de la craie.

La grille ci-dessous présente une typologie thématique du patrimoine souterrain anthropique présent dans le Pas-de-Calais : cliquer l'image pour l'agrandir. Vous pouvez également télécharger cette grille au format pdf.

 Pas-de-Calais : patrimoine souterrain

Guy François, le 9 janvier 2002.

[ Article primitivement paru dans "Mémoire Ternésienne", no. 1-2002 ]